L’éthique de la Data : un enjeu majeur de la société


Les citoyens et consommateurs ont aujourd’hui une véritable aspiration à un engagement des organisations et des entreprises sur les enjeux fondamentaux de santé, de société et d’environnement.

À ce titre, la transparence des procédés et la réalité des actions menées par les entreprises et institutions sont devenus des critères essentiels aux yeux des consommateurs.

Néanmoins la plupart d’entre-nous a appris à ses dépens la réalité des modèles économiques sous-jacents aux plateformes marchandes ou relationnelles avec l’exploitation de nos données.

Nous faisons alors face à un dilemme : comment soutenir les enjeux cités ci-en dessus tout en considérant l’impact numérique tant sur l’environnement que sur le respect de nos données personnelles utilisées par les plateformes ou simplement l’usage quotidien du numérique.

Ainsi, un usage a priori gratuit (recherche, mise en relation, achat…) s’est transformé en une collecte hors-normes et bien souvent hors-contrôle de nos données et de leur analyse. Sous le principe du « c’est pour votre bien » ce sont les notions mêmes de patrimoine et de vie privée qui sont remises en question et par là-même les libertés fondamentales.

La notion d’éthique, et en particulier l’éthique de la Data, si elle n’est pas prise pour une simple antienne lénifiante pour se donner bonne conscience ou remplir les cases obligées du RSE, devient un impératif pour les sociétés technologiques que nous sommes afin de garantir la sécurité et la préservation des données de tout un chacun, préalables à la liberté d’agir et de penser.

C’est aussi un impératif pour éviter de verser dans les discours scientistes que l’on nous sert à tout bout de champ ; cette éthique de la donnée, que peuvent adopter toute institution ou entreprise marchande, s’incarne selon le triptyque suivant :

L’Intégrité :

par intégrité on entend unicité et protection quasiment au sens des impératifs régaliens : le devoir de protéger et de préserver. Dans le cycle de vie de la donnée qui va de sa captation à son exploitation, l’intégrité est un élément fondamental de l’éthique de la donnée.En ce sens l’article 5 du RGPD a permis de poser les bases du traitement des données à caractère personnel. Il faudra suivre avec attention l’e-privacy à venir qui, si elle n’est pas dévoyée, doit permettre à terme d’aller plus loin dans le respect de cette intégrité.

L’intelligence :

c’est là où les solutions d’Intelligence artificielle prennent véritablement leur sens, dans l’optimisation et l’allocation des ressources évitant par là-même et le gâchis et la trace écologique du numérique. Smart Data plutôt que Big Data en somme. Dans le même esprit les aspects de qualité de données (Data Quality Management) sont aussi clefs et permettent, grâce à leur retraitement, d’avoir des bases de données avec un impact environnemental moindre. Il faut apprendre à agir et réfléchir sur la nécessité des données à stocker.

L’indépendance :

il s’agit quasi d’une injonction tant d’un point de vue économique face à l’hégémonie des GAFA que d’un point de vue individuel face à l’altération du libre-arbitre due aux fake news. Comment par exemple, en tant qu’entreprise, gérer au mieux ses budgets web marketing par exemple quand on sait qu’à eux-seuls Facebook et Google peuvent engloutir jusqu’à 90% de cette manne?

C’est à l’aune de ces 3 impératifs que l’on peut et doit construire les plateformes Data et redonner aux citoyens, consommateurs, entreprises marchandes ou encore institutions, les moyens de correspondre et de piloter de façon efficiente leurs actions.

Ces outils doivent permettre à une entreprise de recouvrir son indépendance permettant de conserver son patrimoine data afin de conserver ses parts de marchés et les emplois afférents.

Olivier Guillouzouic

Fondateur et Dirigeant de la société METEORS, société de Data Intelligence
Auteur du livre « Le Nouveau Défi des Marques: La Data Stratégie »
Intervenant à Sciences-Po Lille, l’IAE Lille et Grenoble Ecole de Management